
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) provient d’un déséquilibre hormonal qui perturbe le fonctionnement normal des ovaires. Il s’agit d’une production excessive d’hormones androgènes (masculines), associée à des cycles menstruels irréguliers ou absents. L’échographie des ovaires révèle la présence de petits follicules (d’où l’appellation « polykystique ») qui n’arrivent pas à maturité, avec une ovulation qui devient alors rare, irrégulière ou parfois absente. Le SOPK induit un risque majeur d’infertilité auquel s’ajoutent ceux des autres comorbidités qui lui sont liées (problèmes cardio-métaboliques, insulino-résistance, dyslipidémies, troubles du sommeil…). Selon les études, le SOPK affecterait entre 9 et 15% des femmes en âge de procréer. Si le taux « normal » d’infertilité est de l’ordre de 15% dans la population générale, ce taux monte à 70% en cas de SOPK.
L’endométriose touche jusqu’à 10 % des femmes en âge de procréer, et se caractérise par la présence de tissu endométrial en dehors de la cavité utérine notamment dans la cavité péritonéale, les ovaires, les trompes de Fallope ou la région recto-vaginale. La croissance, l’inflammation et la dégradation de ce tissu peut provoquer des dysménorrhées (douleurs menstruelles causées par de fortes contractions utérines), des ménorragies (saignements menstruels abondants), des douleurs pelviennes chroniques et une baisse de la fertilité chez environ un tiers des patientes. Les symptômes varient de nuls (endométriose asymptomatique) à mineurs, graves et invalidants.
Malgré les points communs entre les deux affections (un risque d’infertilité, une hétérogénéité des symptômes, une altération de la qualité de vie), il est souvent évoqué qu’endométriose et SOPK sont physiologiquement deux maladies diamétralement opposées car la première est plutôt associée à la dépendance oestrogénique alors que la seconde est plutôt liée à la dépendance androgénique (testostérone). Si on considère l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique (communication hormonale entre le cerveau et les ovaires) qui contrôle la production des hormones sexuelles, on relève que l’endométriose est en effet reliée à un faible taux de testostérone prénatale et postnatale, tandis que le SOPK est reliée à un taux élevé de testostérone prénatale. Des profils hormonaux aux morphologies corporelles, les femmes atteintes du SOPK et celles atteintes d’endométriose expriment différemment leur maladie. Tout au plus, l’analyse de bases de données génétiques suggère une corrélation positive entre les deux maladies, avec certaines séquences d’ADN (loci) pouvant coder pour des voies biologiques communes (inflammation, régulation hormonale, immunité). Par exemple, les cytokines CXC qui sont des marqueurs de la réponse inflammatoire et de l’angiogenèse sont actuellement étudiées car elles pourraient intervenir dans le développement du SOPK et de l’endométriose.
En dehors des profils hormonaux, les deux maladies diffèrent aussi sur d’autres points : premières règles et ménopause précoces dans l’endométriose, mais plus tardives dans le SOPK, ou bien rapport tour de taille / tour de hanches et index de masse corporelle réduits en cas d’endométriose, mais plutôt augmentés en cas de SOPK.
L’épidémiologie indique par ailleurs une notion de prévalence plutôt inverse entre les deux maladies. La fréquence de l’endométriose est en effet plus élevée chez les femmes issues de populations asiatiques, intermédiaires chez celles issues de populations européennes et plus faibles chez celles issues de populations africaines. Alors que la fréquence de SOPK semble être plus faible chez les femmes asiatiques, intermédiaires chez les Européennes et plus élevée chez les personnes issues de populations africaines.
L’association entre les deux maladies reste controversée : si dans une étude de cohorte finlandaise, les femmes avec SOPK ont plus de risque de présenter une endométriose (+70 à +81%), dans une autre étude de cohorte sur 144 patientes avec endométriose, l’association avec le SOPK n’a été relevée que dans 2,1% des cas. Dans tous les cas il y a une probable surestimation des risques en raison du parcours de soins gynécologiques commun aux deux maladies et qui favorise un diagnostic réciproque.
Le profil de certaines comorbidités semble également différent. Dans une revue systématique chez 289 519 femmes, la migraine est 5 fois plus fréquente chez les femmes avec une endométriose mais l’association de la migraine avec le SOPK n’a pas pu être confirmée.
Une revue de la littérature a mis en évidence un lien entre endométriose et hyperthyroïdie, et un lien entre SOPK et hypothyroïdie. Par ailleurs, si on relève dans les deux maladies de fréquentes anomalies du microbiote intestinal et vaginal, les profils microbiologiques retrouvés dans différentes études sont différents.
En conclusion : si endométriose et SOPK ont en commun une majoration importante du risque d’infertilité, les deux maladies semblent suivre des voies presque indépendantes, que ce soit dans leur développement, dans leur expression et dans les stratégies thérapeutiques. Malgré ces différences, l’environnement gynécologique commun permet un meilleur dépistage réciproque, et une prise en charge précoce en cas d’infertilité.
Rédaction par Dr François Verrière et relecture par Pr Michelle Nisolle
