La prévalence des troubles du stress post-traumatique est d’au moins 20% dans les douleurs pelviennes chroniques [Fishbain 2017], et la présence de tels troubles est 2,7 fois plus fréquente en cas d’endométriose [Seng 2006]. Si l’apparition des symptômes et le diagnostic d’endométriose peuvent générer un traumatisme, l’exposition à la maltraitance durant l’enfance a, à l’inverse, déjà été suggérée par une méta-analyse comme facteur de risque d’endométriose [Berndt 2024]. Une récente étude épidémiologique à large échelle apporte de nouvelles données sur l’impact d’un traumatisme de l’enfance et de l’âge adulte chez les patientes développant une endométriose.    

Cette étude comparative, portant sur près de 250.000 cas, montre que, par rapport aux femmes non atteintes, les femmes avec endométriose font significativement plus souvent état (+28%) d’expériences traumatisantes et d’événements stressants dans l’enfance et à l’âge adulte, notamment pour un traumatisme de contact, c’est-à-dire avec interaction entre victime et agresseur (violence physique ou sexuelle). L’hostilité du milieu familial est aussi plus présente (+15%) chez les patientes atteintes de la maladie.

Toujours par rapport au femmes non atteintes, l’étude montre également que les femmes avec une endométriose étaient plus susceptibles (+36%) d’avoir reçu antérieurement un diagnostic mettant leur vie en danger, avaient plus souvent (+17 %) été témoins d’une mort subite, et par ailleurs, déclaraient plus souvent (+16 %) avoir subi une agression sexuelle à l’âge adulte [Koller 2025].

L’une des hypothèses est que les traumatismes peuvent déclencher ou exacerber une inflammation chronique et perturber l’équilibre hormonal, ce qui pourrait favoriser le développement de l’endométriose. En outre, le stress à long terme peut affecter le système immunitaire et la perception de la douleur, ce qui pourrait aggraver les symptômes de l’endométriose. Par ailleurs, les femmes avec certaines prédispositions génétiques pourraient être plus enclines à vivre ou à se souvenir d’événements traumatisants spécifiques, ce qui pourrait influencer leur risque de développer une endométriose. Enfin, un environnement stressant dans l’enfance a pu retarder l’accès aux soins et la résistance au stress.

S’il a déjà été montré que l’endométriose était associée à la dépression, l’anxiété et aux troubles de l’alimentation [Koller 2023], cette nouvelle étude montre comment les expériences traumatisantes de l’enfance et de l’âge adulte peuvent aussi contribuer à l’apparition ou l’aggravation de l’endométriose. Ceci suggère qu’un mauvais traitement ou un traumatisme de l’enfance doit être ajouté à la liste des antécédents à rechercher lorsque le diagnostic d’endométriose est évoqué et qu’un soutien à la santé mentale et à la réduction du stress chez une enfant traumatisée pourrait atténuer l’impact sur le développement de l’endométriose. 

Écrit par le Dr François Verrière et relu par le Pr Michelle Nisolle CHU Citadelle, Liège

Date de publication : février 2025


*Références bibliographiques

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