comorbidités endométriose

Véritable préoccupation de santé publique et de société, l’endométriose concerne jusqu’à 10% des femmes en âge de procréer. Cette maladie d’origine gynécologique doit son nom au fait qu’elle se caractérise par la présence, en dehors de la cavité utérine, d’un tissu semblable à celui de la muqueuse de l’utérus (endomètre). Suivant un processus inflammatoire sous dépendance des œstrogènes, l’endométriose se révèle classiquement par des douleurs de la région abdomino-pelvienne, mais reste d’expression clinique hétérogène, pouvant selon la localisation des nodules affecter les sphères digestive, uretéro-vésicale, et gynécologique, avec quatre types d’endométriose : superficielle, profonde, ou ovarienne auxquels il faut ajouter l’adénomyose diffuse ou focale en cas d’atteinte de l’utérus. Enfin l’endométriose expose à un risque plus élevé d’infertilité. 

Au-delà des extensions loco-régionales et de ses éventuelles complications, la maladie est en lien avec de nombreuses comorbidités. Une étude cohorte menée chez les femmes avant l’âge de 50 ans, les patientes souffrant d’endométriose ont par rapport à la population générale 2,3 fois plus de risque d’être hospitalisées pour une cause non gynécologique. Ceci a des conséquences sur la prise en charge des patientes, et également sur le coût de la pathologie, la vie familiale et professionnelle. Cette pathologie au départ féminine devient quelque part une maladie sociale. On observe une différence très significative entre le recours au système de santé d’une femme avec une endométriose par rapport à celle ne présentant pas la maladie. Enfin, selon une récente étude de cohorte portant sur plus de 110 000 infirmières en exercice, l’endométriose serait plus fréquente de près de 20% chez les femmes décédant avant l’âge de 70 ans. 

La recherche et les données épidémiologiques ont en effet déjà identifié des relations avec un certain nombre de comorbidités, notamment la sensibilisation à la douleur, certaines pathologies digestives, migraineuses, immuno-allergiques, et cardiovasculaires.

Sensibilisations à la douleur (centrale et croisée)

L’inflammation va générer de la douleur par stimulation des terminaisons nerveuses, mais il y a aussi deux autres mécanismes qui interviennent dans la douleur lors de l’endométriose :  

La sensibilisation centrale : En raison d’un diagnostic tardif ou d’une prise en charge insuffisante, la douleur s’installe de façon chronique, avec un impact au niveau du SNC comme l’IRM l’a montré chez des patientes avec des modifications de la matière grise et du liquide céphalo-rachidien. Cette sensibilisation est aussi observée chez les adolescentes, et donc il faut traiter cette douleur précocement. La sensibilisation centrale qui est corrélée à l’intensité de la douleur peut être quantifiée par des questionnaires. Si les scores sont > 40, cela indique que dans la douleur de la patiente, il y a non seulement une douleur liée à la maladie gynécologique, mais aussi une douleur liée à la sensibilisation centrale. La thérapie contre la douleur n’est donc pas que gynécologique. L’impact de la comorbidité sur la sensibilisation centrale, et le bénéfice de la chirurgie chez ces patientes sera moins important car on traitera la douleur liée à l’endométriose mais moins les fibromyalgies. Par ailleurs, le bilan préopératoire doit tenir compte du niveau de sensibilisation centrale qui peut induire plus de douleurs post-chirurgicales.

La sensibilisation croisée à la douleur : un autre élément doit aussi être pris en compte pour expliquer la symptomatologie douloureuse de la patiente. Il s’agit de la « cross organ sensitization » qui se traduit par une interaction par les connections nerveuses entre les organes du pelvis (appareils urologiques, intestinal…). Il va y avoir une diffusion de la douleur aux organes de voisinage, même si ces organes ne sont pas directement atteints par l’endométriose. 

Outre le syndrome du côlon irritable au niveau digestif, il y a notamment deux pathologies importantes à rechercher : 

Les cystites interstitielles : c’est une inflammation de la vessie sans cause infectieuse qui provoque une douleur au niveau de la vessie, du bassin ou de la partie inférieure de l’abdomen. Elles sont associées à une nécessité fréquente et impérieuse d’uriner, parfois accompagnée d’incontinence. Les cystites interstitielles sont 3 à 4 fois plus fréquentes en cas d’endométriose, avec notamment des troubles mictionnels pendant la période menstruelle en l’absence de nodules d’endométriose sur la vessie.

Les fibromyalgies : il s’agit d’une affection chronique, caractérisée par des douleurs diffuses persistantes avec une sensibilité à la pression souvent associée à une fatigue intense, à des troubles du sommeil et à une irritabilité. Il y a une perception douloureuse de stimulations qui sont habituellement indolores (par exemple, le simple fait d’être effleuré). Les fibromyalgies sont 2 à 3 fois plus fréquentes en cas d’endométriose. 

Pathologies digestives

Les patientes atteintes d’endométriose signalent souvent des symptômes gastro-intestinaux associés qui peuvent paradoxalement entraîner des retards de diagnostic et de prise en charge, et qui relèvent de trois mécanismes différents mais qui peuvent être associés : 

Soit ces symptômes sont liés à l’infiltration directe de l’endométriose sur l’intestin. Dans une étude sur 1 000 patientes présentant une endométriose profonde qui a été traitée chirurgicalement pour une exérèse complète des lésions, on observe à l’histologie plus de 2 500 nodules distincts d’endométriose pelvienne profonde. Cela signifie que la maladie est multifocale (ligaments utérosacrés, intestins, vessie et vagin). Par ailleurs, dans 80 % des cas d’atteinte urétérale (urinaire), il y a une atteinte digestive associée et dans 91 % des cas d’atteinte rectale, il y a d’autres atteintes profondes associées. Ces multiples atteintes sont importantes à considérer pour la prise en charge chirurgicale des patientes. 

Soit les troubles sont d’origine et d’expression fonctionnelle, comme par exemple le syndrome de l’intestin irritable (parfois appelé colopathie fonctionnelle), qui est un trouble du fonctionnement de l’intestin dans sa globalité (de l’intestin grêle au côlon ou gros intestin), sans gravité mais responsable d’une gêne importante. Ce syndrome n’est pas lié à une infiltration de l’endométriose au niveau de l’intestin, mais qui relève de mécanismes communs avec la maladie (dysbiose, inflammation neuronale, hyperperméabilité intestinale, et facteurs biologiques de l’inflammation). Les patientes se plaignent ainsi de ballonnements intestinaux de douleurs abdominales récurrentes et de troubles du transit (constipation, diarrhées ou alternance des deux), parfois associées avec d’autre troubles gastro-intestinaux tels que les ulcères ou le reflux gastro-oesophagien dont le risque d’apparition est augmenté de 30 % en cas d’endométriose.  

Enfin il peut s’agir d’une maladie inflammatoire de l’intestin (maladie de Crohn, rectocolites hémorragiques), à caractère chronique et souvent associée avec l’endométriose, mais sans savoir si à cause ou en conséquence d’une endométriose.

  • Une première étude menée au Danemark à un échelon national (37 661 patientes), a montré que les femmes avec endométriose ont un risque majoré (+ 50 % à + 60 %) de maladie intestinale inflammatoire (maladie de Crohn, colite ulcérative).
     
  • Deux récentes méta-analyses qui montrent la corrélation significative entre maladie inflammatoire intestinale et endométriose, avec un risque de 2 à 3,4 % chez les femmes atteintes d’endométriose versus 0 à 1 % pour les femmes non atteintes. 

Évoluant par poussées, la maladie de Crohn se traduit par des maux de ventre et des diarrhées qui peuvent persister plusieurs semaines. Avec la chronicité, ces poussées peuvent entraîner fatigue, anémie, dénutrition et perte de poids. Le dialogue immunitaire avec le microbiote est également perturbé. La rectocolite hémorragique est le plus souvent localisée au rectum, et se manifeste par des douleurs abdominales, des envies impérieuses d’aller à la selle, des diarrhées et des saignements. 

Dans la surveillance des patientes, il faudra donc tenir compte que de ce risque de voir apparaître une maladie inflammatoire intestinale qui persiste plus de 20 ans après le diagnostic de l’endométriose.

Santé mentale

Le ressenti psychologique des dysménorrhées (règles douloureuses) et des douleurs pelviennes hors période des règles chez les femmes présentant une endométriose est important. Les patientes avec une endométriose peuvent ainsi ressentir une dépression, une anxiété et des troubles de l’alimentation et du sommeil, sans pour autant savoir si ces troubles associés sont la conséquence directe des symptômes de l’endométriose ou bien s’ils sont présents par un autre mécanisme. Ces symptômes sont par ailleurs corrélés avec une dégradation de la composante mentale de la qualité de vie, et ils peuvent affecter la vie scolaire ou professionnelle et perturber la vie sociale et conjugales en diminuant l’estime de soi et l’image du corps. 

  • Une méta-analyse regroupant les résultats de 17 études a montré que les patientes atteintes d’endométriose présentaient significativement plus de symptômes de dépression et d’anxiété par rapport au femmes non atteintes.
     
  • Une récente étude épidémiologique et génétique réalisée au Royaume Uni chez plus de 200 000 patientes confirme que l’endométriose augmente le risque de dépression (de 3,61 fois), le risque d’anxiété (de 2,61 fois), et le risque de troubles de l’alimentation (de 2,94 fois). Dans cette étude, l’analyse de l’association pangénomique (Genome Wide Association Study), a permis par ailleurs d’identifier un gène pléiotrope (gène s’exprimant à la fois lors de l’endométriose et lors de la dépression). L’impact psychique, qui doit être pris en compte dans le parcours de soins, ne relèverait donc pas uniquement du ressenti individuel des patientes concernées, mais aussi de l’expression d’un gène commun avec celui de l’endométriose. Ceci justifie des efforts de recherche génétique pour identifier certains gènes qui sont impliqués de façon commune dans l’endométriose et dans d’autres pathologies.

Un impact sur la fatigue (terme anglosaxon correspondant à la qualité de vie) est significativement plus souvent observé en cas d’endométriose. Cette fréquente fatigue est significativement corrélée à l’endométriose, à la douleur, à l’insomnie à la dépression et au stress.

Migraines et céphalées

La migraine est un trouble douloureux à caractère chronique et récurrent qui touche environ 13% de la population. Elle se caractérise par une céphalée ou un mal de tête pulsatile, unilatéral, survenant par crises. Elle est accompagnée parfois de nausées ou d’une intolérance au bruit ou à la lumière. Chez certaines personnes, la crise est précédée de signes appelés « aura ». Après la puberté, la prévalence de la migraine augmente rapidement chez les filles, atteignant un pic de prévalence sur un an d’environ 23 % chez les femmes âgées de 40 à 49 ans.

Une étude large génétique a montré qu’il existe des corrélations significatives entre l’endométriose et des comorbidités douloureuses telles que les maux de tête ou la migraine. L’hypersensibilité à la douleur chez les femmes souffrant de douleurs pelviennes chroniques pourrait être le mécanisme de cette association potentielle.

  • Une récente étude cas-témoins menée en France montre qu’il y a significativement plus de migraines chez les femmes endométriosiques, et ces migraines sont significativement plus souvent associées chez les femmes qui présentaient les formes les plus graves d’endométriose (endométriomes ovariens et endométrioses profondes), et dans 91 % des cas, ces maux de tête et ces migraines se manifestent avant qu’on fasse le diagnostic d’endométriose.
     
  • Dans une autre étude, il a été montré que cette association existait chez les adolescentes (< 20 – 25 ans). Dans cette étude, 69,3 % des adolescentes avec de l’endométriose se plaignent de migraines contre 30,7 % pour les adolescentes sans endométriose, et cette association était significativement corrélée à la sévérité et à l’intensité des douleurs migraineuses. Ceci suggère de questionner toute femme migraineuse sur l’éventuelle présence de symptômes d’endométriose.
  • Enfin, une méta-analyse de 9 études de cohorte ou cas-témoins portant sur un total de 287 174 patientes montre qu’en cas d’endométriose il y un risque significativement accru (+ 56 %) de souffrir migraine. 

En raison de la prévalence élevée de la migraine et de l’endométriose, une association potentielle entre ces deux maladies aurait un effet important sur la santé publique, en particulier chez les femmes âgées de 40 à 49 ans qui utilisent des contraceptifs oraux, souffrent de dépression, ont des problèmes de santé ou ont des problèmes de santé mentale. Il convient donc de recommander aux professionnels de santé de recherche tout symptôme d’endométriose chez toute femme présentant des migraines.

Inflammation, allergies et maladies auto-immunes

L’inflammation de l’endométriose entraîne un dysfonctionnement immunologique, ce qui explique d’une part que cet endomètre extra-utérin s’implante au lieu d’être éliminé en 3 à 4 jours. Cette inflammation post régurgitation est la clé de l’explication de la douleur : après la libération locale du fer des hématies, il va y avoir un stress oxydatif avec une production de facteurs pro-inflammatoires et une diminution des facteurs anti-inflammatoires, et une production de prostaglandines qui vont irriter les terminaisons nerveuses et induire la douleur pelvienne. Les douleurs d’endométriose vont par ailleurs générer un stress qui va contribuer à chroniciser l’inflammation.

L’inflammation va avoir un impact sur le système immunitaire qui est modifié en cas d’endométriose avec une altération des macrophages du péritoine qui va diminuer leur capacité de destruction des cellules endométriales, ce qui va favoriser l’implantation et la prolifération des nodules d’endométriose. On avait démontré il y a quelques années qu’il y avait effectivement une corrélation chez la souris entre les altérations immunitaires au niveau des macrophages avec la prolifération de l’endométriose. Il y a par ailleurs une interaction entre le système immunitaire et le microbiote avec implication dans certaines pathologies auto-immunes avec évolution vers un profil inflammatoire qui va favoriser le développement des cellules d’endométriose.

Il peut aussi y avoir une relation avec les mécanismes allergiques. Par exemple, les femmes avec endométriose présentent 4,28 fois plus de risques que celles de la population générale de présenter des manifestations allergiques associées (sinusites, allergies alimentaires …). L’association avec les maladies allergiques telles que l’asthme est bien établie, et le gynécologue doit systématiquement poser la question de l’asthme à ses patientes endométriosiques.

Enfin, les associations avec des maladies auto-immunes, avec des profils génétiques communs ont déjà été établies tels que : 

  • Le lupus érythémateux disséminé (parfois appelé lupus érythémateux systémique) qui est une maladie chronique qui touche plusieurs organes dont la peau du visage (éruptions cutanées), les articulations, les reins et le péricarde. Elle s’accompagne au niveau biologique de la présence d’anticorps antinucléaires (anticorps dirigés contre certains l’ADN des cellules).
  • La polyarthrite rhumatoïde, qui est une maladie articulaire inflammatoire et chronique touchant plusieurs articulations. Elle se manifeste par des poussées de durée variable et des périodes d’accalmie.
  • La maladie cœliaque qui est une intolérance au gluten (contenu dans certaines céréales), altérant la digestion et l’absorption des nutriments.
  • Les maladies auto-immunes affectant la thyroïde.
  • Le syndrome de Gougerot-Söjgren qui se manifeste par une douleur (articulaire et/ou musculaire), avec sécheresse (oculaire, buccale, cutanée, génitale ou bronchique) et fatigue et qui s’observe chez les femmes jeunes (< 30 ans), parfois en association avec l’endométriose, dans les 5 ans qui suivent le diagnostic de la maladie.

Maladies cardiovasculaires

Les maladies cardiovasculaires représentent la principale cause de décès dans le monde, et un tiers pour ceux des femmes. Si le tabagisme, l’obésité, l’hypertension, le diabète et la vie sédentaire sont des facteurs de risque bien identifiés, d’autres ont été évoqués, parmi lesquels l’endométriose qui modifie ou induit des effets hormonaux, pro-inflammatoires, pro-angiogéniques (vascularisation), et immunologiques. En ce sens, divers marqueurs de l’inflammation et du stress oxydatif impliqués dans l’athérosclérose et les maladies coronaires sont en effet présents en concentrations plus élevées dans le sang chez les femmes souffrant d’endométriose. Or, l’inflammation chronique, le stress oxydatif, le dysfonctionnement endothélial (paroi des artères) et la prolifération cellulaire sont les caractéristiques de l’athérosclérose et de l’endométriose.

Plusieurs études épidémiologiques, menées sur un très large nombre de patientes, ont donc recherché un lien entre l’endométriose et une maladie cardiovasculaire. 

  • Dans une étude de cohorte sur plus de 110 000 infirmières il a été montré chez les femmes présentant une endométriose confirmée (par laparoscopie), une augmentation de 52 % du risque d’infarctus du myocarde, de 91 % d’angine de poitrine (insuffisance coronaire) et de 35 % de présence d’un pontage aorto-coronarien (angioplastie coronaire), soit un risque global combiné augmenté de 62 %. Une autre analyse des résultats de cette même cohorte a montré une augmentation de 34 % du risque d’accident vasculaire cérébral. En cas de chirurgie (hystérectomie ou ovariectomie) ou d’hormonothérapie, ce risque est respectivement augmenté de 39 % et de 16 % mais aucune différence n’a été observée en fonction de l’âge, des antécédents d’infertilité, de l’indice de masse corporelle ou du statut ménopausique.
  • Une autre étude, portant sur près de 280 000 patientes, montre que, par rapport aux femmes sans endométriose, le risque cardiovasculaire chez les femmes atteintes de la maladie était significativement augmenté de 24 % et celui d’accident vasculaire cérébral de 19 %.
  • Récemment, une étude danoise réalisée à l’échelle nationale sur 300 000 femmes a montré qu’il y aurait sur le long terme un risque majoré de 15 % de risque cardiovasculaire (accident vasculaire cérébral et infarctus du myocarde) chez les femmes avec endométriose par rapport à celles non atteintes. Il semble également y avoir une augmentation du risque pour l’insuffisance cardiaque (11 %) et les troubles du rythme (21 %). 

Afin d’élargir la représentativité épidémiologique et de pouvoir disposer d’une évaluation plus robuste, deux méta-analyses ont été conduites, regroupant les résultats de plusieurs études conduites séparément : 

  • Une première méta-analyse réalisée à partir de 6 études épidémiologiques sur plus de 250 000 patientes a évalué l’incidence des maladies cardiovasculaires chez les femmes atteintes d’endométriose par rapport à celles n’en souffrant pas. Il s’avère que l’endométriose est associée à un risque significativement accru (50 %) de cardiopathie ischémique (pathologie coronaire et infarctus du myocarde), et d’accident vasculaire cérébral (17 %).
     
  • Une seconde méta-analyse à partir de 9 études épidémiologiques rassemblant les données de plus de 500 000 patientes confirme l’augmentation significative des risques de survenue d’une pathologie coronaire de 43 %, et de 20 % pour le risque d’accident vasculaire cérébral.

Par ailleurs, les patientes qui ont une endométriose ont aussi plus de risque d’avoir une ménopause naturelle précoce (+ 50 %). Ceci a son importance puisqu’il y a une relation entre l’âge de la ménopause et le risque d’incident cardiovasculaire qui est déjà plus élevé chez les femmes atteintes d’endométriose.

Même si elle reste inférieure à celle d’autres facteurs comme le tabagisme ou le diabète, l’augmentation du risque cardiovasculaire semble certaine chez les femmes atteintes d’endométriose. L’origine de cette association entre endométriose et risque cardiovasculaire reste encore controversée et est probablement la résultante de plusieurs facteurs impliqués dans la dégradation de la qualité de vie, le stress lié à la douleur et peut-être aussi certaines prises en charge de la maladie (chirurgie, traitement hormonal). 

Il s’agit donc pour chaque patiente atteinte d’endométriose de prêter une attention particulière à sa santé cardiovasculaire dès le diagnostic de la maladie, et pas seulement à partir de la ménopause. Il est nécessaire d’adopter une hygiène de vie optimale, de développer son activité physique, et d’être en alerte devant tout signe d’insuffisance coronaire (douleur dans la poitrine) ou d’accident vasculaire cérébral (faiblesse brutale d’un bras ou d’une jambe, paralysie brutale du visage, troubles soudains de la parole…). Enfin le suivi régulier par un cardiologue permettra un meilleur dépistage et la prise en charge de tout autre facteur de risque modifiable. 

Cancer

Au niveau gynécologique, il s’agit de distinguer les principales localisations possibles de cancer. Les études génomiques ou épidémiologiques ont montré en cas d’endométriose : 

  • Un risque augmenté de cancer de l’ovaire (tout en restant faible dans l’absolu). Les femmes avec une endométriose ont un risque de cancer de l’ovaire de 2 à 3 % au cours de leur vie contre 1 à 1,5 % pour la population générale.
  • Pas de risque majoré de cancer du col de l’utérus ou de l’endomètre.
  • Un risque diminué de cancer du col, avec un rôle « protecteur » du cancer du col sur l’endométriose ou peut être à l’inverse par un dépistage plus fréquent chez les femmes avec endométriose.
  • Un risque diminué de cancer du sein.

Pour les cancers non gynécologiques, aucune relation n’a pu être montrée, sauf peut-être pour le cancer de la thyroïde. En particulier aucune relation n’a été établie entre l’endométriose et le mélanome ou le cancer rectal.

L’incidence annuelle du cancer de l’ovaire est de 54 cas pour 100 000 femmes, et une femme a 1,37 % de risque de présenter un cancer de l’ovaire au cours de sa vie. Dans la population atteinte d’un cancer de l’ovaire, la prévalence de l’endométriose est la même que celle de la population générale (environ 10 %), mais cette prévalence varie selon le type de cancer (elle est la plus élevée dans le cancer de l’ovaire à cellules claires qui est lui-même le moins fréquent). Selon les études, l’épidémiologie a permis d’observer, un risque significativement majoré de 34 % à 93 % d’avoir un cancer de l’ovaire lorsqu’on a de l’endométriose, avec un risque triplé en cas de carcinome à cellules claires ou doublé en cas de type endométrioïde. Cependant, les conclusions doivent toujours être prudentes en raison de la grande hétérogénéité des études, du diagnostic d’endométriose autodéclaratif, de la temporalité variable entre l’endométriose et les cancers, de la non prise en compte de facteurs confondants, et du biais de publication pour les méta-analyses.

Les facteurs communs de risque retrouvés à la fois pour l’endométriose et pour le cancer de l’ovaire sont : ménarche précoce, antécédents familiaux, traitement hormonal de la ménopause, puberté précoce, ménopause tardive, nulliparité, infertilité, stress chronique, et stress chirurgical. Les facteurs réducteurs de risque également communs sont : ligature tubaire bilatérale, hystérectomie, contraception orale, activité physique. 

Compte tenu de la rareté des cancers de l’ovaire associés à l’endométriose, il n’y a pas de stratégie de dépistage du cancer à recommander chez les femmes avec endométriose, et il n’existe à ce jour aucun biomarqueur pour indiquer quelles femmes avec endométriose développeront ou non un cancer de l’ovaire.

Conclusions

Par rapport aux comorbidités directement liées à l’implantation des nodules d’endométriose, se trouvent en premier lieu la douleur et le risque d’infertilité, mais aussi les atteintes digestives et urinaires. 

Mais l’endométriose est aussi associée : 

  • A des comorbidités auto-immunes : hypothyroïdie, fibromyalgie, polyarthrite rhumatoïde, lupus érythémateux disséminé, syndrome de Sjögren, allergie, asthme,
  • A des comorbidités liées au stress : migraine, dépression, anxiété, troubles sexuels, fatigue chronique, syndrome de l’intestin irritable
  • A des comorbidités liées à l’inflammation : maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, cystite interstitielle, troubles cardio-vasculaires.

Il faut cependant rester prudent dans l’interprétation de ces résultats. L’épidémiologie donne des « corrélations » entre des éléments qui ne signifient pas forcément des « relations de cause à effet », c’est pourquoi il est indispensable de conduire de nouvelles recherches sur les corrélations identifiées. 

Pour la prise en charge des patientes, il va ainsi se dessiner deux profils d’endométriose : 

  • L’endométriose « maladie » ou « gynécologique », avec ses 4 phénotypes (endométriose superficielle, ovarienne, et profonde, adénomyose diffuse ou focale). C’est la maladie que l’on connait classiquement avec la douleur, l’infertilité et peut être un impact obstétrical pas encore bien évalué (notamment en cas d’adénomyose). Cette endométriose « maladie » doit être prise en charge par des centres de références pluridisciplinaires offrant à la fois chirurgie (gynécologique, intestinale, urinaire, thoracique), la gynécologie (traitements hormonaux), la préservation de la fertilité (notamment si chirurgie ou endométriome ovarien), la procréation médicalement assistée, et l’obstétrique.
  • L’endométriose « comorbidités » ou systémique avec l’inflammation, la relation au stress et les désordres auto-immuns. Cette endométriose « comorbidités » doit être prise en charge avec des centres anti-douleurs, des psychologues, des cardiologues des rhumatologues, des gastroentérologues. Il faut aussi être capable d’offrir l’intervention de nutritionnistes, d’acupuncteurs, de physiothérapeutes, d’ostéopathes, de neurostimulateurs (TENS), de centres d’hypnose, de sophrologies, et de thérapies sexuelles.   

L’approche de l’endométriose doit donc se faire tout au long du cycle de vie, de l’adolescence (dès la menstruation), jusqu’à l’âge adulte et la ménopause, en tenant compte du plan de vie de chaque patiente, notamment en ce qui concerne le désir de grossesse.

Chez toute femme chez laquelle l’endométriose a été diagnostiquée, il convient ainsi de dépister les principales comorbidités par une stratégie de surveillance pluridisciplinaire et réciproquement, une comorbidité incidente chez une femme non encore diagnostiquée pour l’endométriose doit encourager à investiguer sur une éventuelle présence de la maladie.

Les efforts de recherche devront porter sur l’évaluation des mesures préventives qui peuvent être proposées pour dépister, réduire la fréquence et traiter les comorbidités liées à l’endométriose. 

Rédaction par Dr François Verrière et relecture par Pr Michelle Nisolle

Mise-à-jour : septembre 2026

*Références bibliographiques

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